Bim, chaque année, les derniers jours sont propices à un peu d’introspection et c’est toujours le moment de prendre du recul et de regarder en arrière sur ce qui s’est passé.
Le moins que je puisse dire, c’est que cette année 2019 a été assez mouvementée pour moi. Pas forcément qu’il s’y soit passé énormément de choses mais plusieurs épreuves, étapes, prises de conscience sont arrivées. Et comme toute prise de conscience, cela se fait parfois un peu dans la douleur. Je vais tenter dans ce bilan de me livrer un peu et d’évoquer avec vous quelques points délicats pour moi.
On va faire un bilan confession. Je vais prendre du temps pour vous parler un peu plus que d’habitude. Et on va même prendre la machine à remonter le temps, histoire de commencer… par le commencement.

2017

Tout a débuté cette année-là. Nouveau boulot, nouveaux gens. Pas mal de stress et vraiment beaucoup de travail. Je ne compte pas trop mes heures mais ce n’est pas grave, j’adore ce que je fais. Il y a un facteur humain à prendre en compte, les humeurs des autres, le management 2.0. Tout un univers qui ne m’était pas familier puisque je sortais de 10 ans de freelance. Puis ma chérie contracte la tuberculose (rassurez-vous, c’était une version non contagieuse et elle est totalement guérie aujourd’hui !). Dose de stress supplémentaire. Au début, on ne sait pas trop ce que c’est, elle a juste… des symptômes, doit passer de multiples examens. De mon côté, j’enchaîne mon boulot de concept artist, les réunions à répétition, toujours du facteur humain à négocier.
Puis je me souviens qu’à un moment, devant mon ordi, il s’est passé quelque chose. Je ne sais pas quoi, j’étais juste seul à la maison. Mais il y a eu une fissure qui est apparue d’un coup. Un genre de panique, accompagnée de gros vertiges, une sensation de manque d’air. Il a fallu que je sorte sur ma terrasse, fasse quelques tours que je puisse respirer de l’air frais. Cela a pris quelques dizaines de minutes pour sentir un apaisement. Cela a paru être une éternité sur le moment. Il m’a fallu plusieurs semaines pour m’en remettre.
À partir de ce moment des crises sont apparues. Je dis simplement crises car c’est encore assez difficile pour moi de les définir: picotements dans les membres, cœur qui palpite, panique déraisonnée, vertiges, tant de symptômes qui pouvaient arriver un peu près n’importe quand. Heureusement, elles ne duraient pas longtemps et la fin d’année 2017 fût plus calme.

2018

Le souci, c’est que cela a recommencé. Plus fortement. Les crises étaient plus intenses (sans atteindre le niveau de la toute première) et beaucoup plus handicapantes. Et là… vient le joli Ouroboros bien vicieux. On a peur de revivre cette sensation et une angoisse naît sournoisement, provoquant… une crise.
Sortir de chez moi devenait contraignant. Le meilleur moyen de comprendre, c’est d’imaginer qu’en me levant le matin, j’ai une barre d’énergie et chaque action va la consommer. Le problème c’est qu’elle se vidait à une telle vitesse, rongée par les nerfs et la peur de rechuter au moindre mouvement, sortie, rencontre fortuite, que je n’avais que peu de liberté de mouvement.
Autre effet de cet état de santé, j’étais devenu très soupe au lait. La moindre chose m’énervait. Tout le temps. Une personne qui me coupait pendant que je marchais, une file d’attente trop longue, la plus petite contrariété me faisait monter et perdre mon sang froid. J’étais littéralement rongé de l’intérieur. Une envie d’ hurler confinée, constante. Toute l’année 2018 a été ponctuée de ces crises, plus ou moins fortes, de journées énervées, puis de grosses fatigues, car épuisé par mes nerfs à vifs en permanence.
Et toujours le travail, aussi « prenant » car envie de bien faire mais n’aboutissant pas forcément à grand chose. Je me repliais beaucoup sur moi-même, perdant ma confiance petit à petit. J’avais l’impression de régresser. L’estime de soi se délitait en douceur. La fin d’année fût vraiment rude. Avec une petite pause lors du Ulule des Little Witches, véritable petite bulle d’air.

2019

En ce début d’année, la situation n’évoluait pas vraiment, malgré des périodes calmes. Il fallait trouver une solution et surtout trouver d’où cela pouvait venir, l’origine de tout ça. La vie personnelle allait bien, aucun souci de ce côté (et ce malgré mes humeurs changeantes). Restait forcément la vie professionnelle.
Est-ce que j’en faisais trop ? Certainement.
Est-ce que j’aimais ce que je faisais ? Oui.
Vraiment, est-ce que j’aimais ce que je faisais ?
Au fil du temps, j’étais devenu beaucoup plus distant vis-à-vis de l’illustration. L’envie n’était plus là. Je prenais un carnet de croquis, me disais que je voulais y faire quelque chose puis directement une petite voix au fond de ma tête disait gentiment « mais… à quoi ça sert ? Tu vas refaire encore un perso comme les 50 fois précédentes ? C’est quoi l’intérêt derrière tout ça ? ». Je déposais donc le carnet sans y avoir fait quoique ce soit, avec la culpabilité d’avoir encore passé une soirée sans y avoir fait ce croquis qui me faisait envie au début. La dépréciation de soi avait commencé.
C’est fou comme l’esprit peut se torturer. J’avais envie de faire mille choses, à tel point que ma tête en était saturée, bloquée. Et je ne faisais rien, démotivé, frustré.
Le travail en lui-même était devenu assez difficile aussi. J’aimais ce que je faisais, dans son essence, bien entendu. Mais tout stagnait. L’obligation de faire et refaire la même chose en boucle ou faire des choses tout en sachant pertinemment que cela ne serait pas utilisé.
Je regardais le travail d’autres, les trouvais meilleur·e·s que moi, je me comparais en permanence, passais trop de temps sur les réseaux à observer des stats sans intérêt.
Tout cela a conduit à une seule chose: un burn out. LE mot était lâché. Il est vilain ce mot. Et il n’est pas venu tout seul en plus ! Non, il est venu avec son super pote le brown out.

Pour vous situer rapidement:

  • Le burn-out fait référence à l’épuisement de nos ressources physiques, mentales et émotionnelles et résulte d’un excès d’investissement et d’une accumulation de stress.
  • Le brown-out représente un épuisement dû à l’absurdité des tâches demandées. Le travailleur perd sa motivation et son travail n’a plus de sens.

Face à tout ça, il a fallu agir (ce qui était à l’opposé d’une chose simple car mon état rendait la moindre prise de décision vraiment problématique).
Une première décision, c’est qu’il fallait que je prenne du recul et du temps pour moi. Pour se faire, j’ai choisi une rupture assez brutale, j’ai quitté mon poste de directeur artistique chez Libellud Digital. Je n’arrivais plus à me projeter dans ce poste et il fallait que je revienne à quelque chose de simple.

J’ai pris du temps, beaucoup de temps. Il faut être honnête, les choses ne se sont pas vraiment améliorées au début. Les crises étaient toujours là, l’envie non. Les semaines puis les mois ont passé. Et l’envie ne revenait toujours pas. J’ai refait mon portfolio, cela a permis de voir le travail accompli ces dernière années. J’ai repris quelques contrats. Si je n’arrivais pas à m’y remettre de moi-même, il fallait que je retrouve de l’envie et du sens par un autre biais. J’ai toujours vécu comme ça, passant d’un projet à l’autre. Autant recommencer petit à petit.

Et ça a commencé à porter ces fruits. Doucement, très doucement. Vraiment très doucement. Parce que tout n’a pas été négatif non plus !

Il y a eu nos amies les Little Witches. Ce projet m’a fait énormément de bien. D’une part lors du financement car votre soutien m’a littéralement réchauffé le cœur (bon, il y a eu beaucoup d’émotions aussi, ce qui n’était pas simple à gérer mais on s’en fout) et d’autre par quand j’ai terminé la réalisation du bouquin, préparé son impression et le moment de l’expédition, tous vos retours, vos encouragements… merci encore.

Il y a eu aussi les quelques projets professionnels. De multiples couvertures de romans (je n’en ai jamais fait autant), d’abord. C’était idéal. Des contrats courts, simples, dont je pouvais voir rapidement la finalité. Mon travail aboutissait à quelque chose de concret. Et c’est ce dont j’avais besoin.

Puis Obscurio. Premier contrat un peu plus conséquent. Cela a fait du bien aussi. Le voir sortir. Les choses reprenaient un peu de sens.

Le tout ponctué par quelques croquis par ci par là puis des illustrations personnelles aussi.

Et maintenant, me direz-vous ?
Là encore, je vais être honnête avec vous. Tout n’est pas simple tous les jours. Des crises sont encore là. C’est parfois difficile de « faire des choses », aussi simples soient-elles. Les nerfs me tiennent toujours éveillé jusqu’à 3h du matin malgré la fatigue apparente.
Mais il y a beaucoup de lumière aussi. Les périodes calmes sont plus longues. Je rebosse mieux et les envies de projets reviennent même si la motivation est encore un problème récurrent. Il y a eu un petit retour en Belgique, dans la famille, qui a fait beaucoup de bien.
C’est donc en demi-teinte mais plein d’espoirs que je clôture cette année 2019.
Je me rends aussi compte à quel point ma compagne est une personne exceptionnelle car sans elle, je ne serais certainement pas là en train d’écrire un bilan qui va vers un avenir meilleur. Elle a été présente à chaque instant, chaque saute d’humeur, chaque coup dur, à m’encourager, me supporter. Encore un tout grand merci à toi. Da garout a ran, Rozenn.

2020 ?

Et voilà, nous y sommes. Une nouvelle décennie, une nouvelle année, un nouveau terrain de jeu. Il y a eu beaucoup d’opportunités de nouveaux projets en fin 2019, j’espère pouvoir en concrétiser quelques unes. Prendre un peu de temps pour sortir des cartons des choses qui ont bien trop attendu.
Prendre du temps pour moi aussi, retrouver le goût de ce qui a été ma vie pendant ces 10 dernières années. Prendre du temps pour lancer de nouvelles choses. J’ai envie de reprendre le modelage, de faire du pixelart, de l’animation, faire des trucs avec ce petit personnage que vous voyez en bannière de ce bilan, préparer plein de trucs pour la boutique. Les envies sont là, il faut maintenant prendre les choses en main et les concrétiser !
Prendre du temps pour ma chérie et pour les amis, aussi, car il est évident que les pauses sont importantes pour permettre à la tête de souffler un peu.

BREF, je crois que le mot d’ordre de cette nouvelle année sera : prendre du temps. Et peu importe si tout ne rentre pas en une seule année, il y aura les suivantes.

Il ne me reste qu’à vous souhaiter une excellente année 2020. Qu’elle soit apaisante, remplie de bonnes choses pour vous, peu importe les domaines dans lesquels elles arrivent.

Hibernation des witches


À très vite, pour de nouvelles aventures !

PS: si ce format un peu plus confidentiel vous plaît, je pense que je prendrai un peu de temps à certaines occasions pour vous parler un peu de sujets importants (pas forcément personnels mais aussi de la vie des auteur·rices, etc). Parce que l’air de rien, il s’est passé d’autres choses en 2019: les artistes/auteur·rices sont encore en précarité grandissante, la réforme des retraites est immonde. Et il faut bien avouer que 2020 ne commence pas de la meilleure des manières du côté administratif, avec une fusion Agessa/MDA plutôt foireuse. Mais cela demande un article bien à part pour en parler !

Bonus: le récap de 2019 en vrac et en images !

10 comments on "Bilan 2019"

  • kaoril79 dit :

    coucou,
    Alors je te souhaite une « meilleure » année pour 2020,avec plein de projets ,d’Envies et tout ce qui sera nécessaire pour en réaliser quelques uns ^^
    Merci pour ta confiance (se livrer reste courageux et difficile )
    Bref, plein de bonnes choses pou toi …

    • Coliandre dit :

      Merci beaucoup Kaoril !
      J’espère que tout ira un peu mieux cette année oui. On verra, pour le moment, j’essaie de positiver chaque jour un peu plus. C’est pas toujours évident mais vos commentaires font du bien ;).

      Et de rien pour la confiance. C’est aussi, ne nous mentons pas, un peu un exutoire pour moi et légèrement thérapeutique !

  • Monsi dit :

    Heureux de lire que 2020 s’annonce plus sereinement devant tout un champ des possibles ! En tout cas merci pour tout le travail incroyable accompli et hâte de voir la suite. Je te souhaite une excellente année, prends soin de toi 🙂

    Au plaisir de te lire,

  • Marie Obsidienne dit :

    Coucou,

    Habituellement plus présente sous les postes de ta compagne, je suis moins silencieuse qu’à mon habitude et laisse quelque mot ici. C’est touchant de te voir te confier comme ça et je te souhaite que les choses s’arrangent de plus en plus. Que tu trouves l’épanouissement et la quiétude dans ton quotidien. Le corps et l’esprit sont liés, c’est assez dingue parfois de constater à quel point c’est le cas. Assez flippant même, en tous cas c’est ce que je ressens souvent. (J’ai eu une période où les crises d’angoisse étaient nombreuses, tous les jours, alors j’imagine un peu ta situation.)
    Enfin voilà, je t’envoie beaucoup de belles ondes pour cette nouvelle année. Prends soin de toi. Ton travail est magnifique, mais l’être derrière tout ce boulot est primordial ^^.

    Bises à tous les deux.

    • Coliandre dit :

      Merci beaucoup Marie (et d’avoir en plus pris le temps de commenter ici, et non sur les réseaux ^^) !
      Comme je le disais en commentaire, c’est aussi une sorte d’exutoire, d’écrire quelque part noir sur blanc l’évolution des choses. Je pense que j’en avais besoin. Le corps et l’esprit sont extrêmement liés, comme tu le dis. Je l’ai appris un peu à mes dépends bien que je m’en doutais déjà avant. C’est une chose de le savoir. C’en est une autre de le vivre.
      Encore merci et puis courage aussi de ton côté, j’espère que la période sombre que tu décris est derrière toi maintenant ;).

      La bise aussi (et n’hésite pas à sortir du silence parfois, je ne mords pas ^^).

  • Kalh dit :

    Bonjour,

    Pas très habitué à commenter quoique ce soit, votre billet m’a beaucoup touché par ce que vous avez vécu, le travail sur soi qu’il a représenté (ou dû représenter) pour vous et le courage dont vous avez fait preuve en vous livrant ainsi ! (bon peut-être aussi parce que j’y trouve un petit écho personnel…) Il est vrai que l’on ne devine pas tout cela en regardant votre travail ou en regardant rapidement Twitter.
    Merci à vous de nous partager un peu de votre histoire et de votre quotidien (cela passe également par les différents Tweet qui m’ont permis de découvrir les « galères » que vivent actuellement les auteur.es, et autres actu), cela permet de nous sortir de notre quotidien, mais aussi de nous dire qu’il est possible de s’en sortir !
    Merci à votre compagne également qui nous fais découvrir d’autres univers et qui vous soutien.
    Grâce à vous deux on découvre, on lis, on joue dans des univers magnifiques et on en prend plein les yeux !

    Je vous souhaite une année 2020 sereine, pleine de réussites, de belles choses et de tout ce dont vous avez envie !
    En espèrant que vous continuerez de nous faire rêver et voyager dans vos univers encore looooooooongtemps ! 🙂

    Bonne journée à vous et bon courage !

    PS : le récap en vrac de 2019 est une chouette idée, par contre maintenant j’ai envie de manger des gaufres Liégoise… 😉

    • Coliandre dit :

      Merci beaucoup, beaucoup pour ce commentaire ! ^^
      Je suis content que ce format d’article plaise et aussi de voir que le caractère informatif (bien que souvent teinté de cynisme) des partages sur Twitter soit bien accueilli ! C’est aussi dans mes carnets que de prévoir des articles en réaction à tout ça. Histoire d’en parler de manière plus posée, en plus des réactions à chaud sur le réseau à l’oiseau.
      Je prends le courage et les gentils mots (je transmets à madame ^^).

      Une bonne journée également !

      PS: c’est bien, c’est toujours bon les gaufres de Liège !

  • Chassier Yann dit :

    Re coucou ! 😀
    Comme dit dans notre précédent échange sur Instagram, j’ai trouvé ta retrospective très intéressante ! Les retours d’expèrience sont toujours bon à lire, que ce soit dans les bons ou les moments plus pénibles. Dans tout les cas ton article était vraiment super, très agréable à lire. Je te souhaite bien évidemment encore une fois tout le meilleur pour la nouvelle décénnie et pour 2020, porte toi bien et fait attention !
    Yann

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